Jeudi 15 octobre 2009
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Quand elle a arrêté ses études, Camille s'attendait à une vie facile faite de plaisirs simples et d'un mari riche. Pas tellement du luxe mais du
confort.
Camille n'a jamais eu de rêves - mais beaucoup d'ambition. Un besoin démesuré de se représenter dans des apparats subversifs, avoir le regard méprisant et la répartie habile, n'être que l'ombre de sa modestie: exceller dans l'amertume.
Jean travaille assez dur pour payer à sa famille le superflu et même l'imprévisible, il a trouvé la maison et ses voitures, la cuisine équipée, les abonnements
sportifs et même les écoles privées. Tout est sous contrôle et Camille se laisse porter, oisive, les yeux rivés sur un effort qu'elle n'aura jamais à
fournir pour subvenir à ses besoins. Tout est parfait.
Elle manie sa langue les yeux fermés, suce son mécène avec reconnaissance et imagine déjà les lendemains fastueux qui n'ont rien à devoir à personne, les achats
sans angoisse, les réussites sans limite. Camille a tout, Camille veut tout.
Et un jour, Camille trouve sur la table une petite annonce entourée de rouge. A côté, un joli papier feutré au design élégant. Une écriture sobre et ferme. Un mot d'amour qui lui dit,
"il est temps pour toi de te debrouiller seule ma chérie".
Et le goût d'un sanglot dans la bouche. Et l'espace d'une minute infinie, la brûlure du mépris qui s'étrangle dans le coeur.
La belle vie a un prix, Camille. Celui de ton honneur.
Mardi 6 octobre 2009
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On peut détester l'amour et écarter les jambes les yeux plein d'attente.
On peut se vautrer dans la déchéance et attendre un orgasme intime - on peut aimer et s'en défendre.
Avant d'épouser Jean, de râtés en orgueilleux, de bouche ouverte en poignets malmenés, Camille a touché du corps un moment de perfection tendre.
Une fois. Ce fut si inattendu qu'elle a joui sans le vouloir. Pas de simulacre ni de transe théâtrale, juste un
plissement des yeux étonné et l'impression de n'être pas soi. Comme s'il ne pouvait plus y avoir d'avenir après cela. Comme si toute sa vie n'avait été
conditionnée que par ce moment-là - cet orgasme obèse et violent.
Et Camille est tombée amoureuse de ce coup de rein salvateur. De cette large queue têtue, de ces yeux naïfs qui scrutaient son plaisir, de ce grand
corps habile et fragile - il s'appelait Thomas. C'était le seul homme pas fait pour elle, arrivé trop tard, déjà pris, déjà loin. Et de se défendre de tout, Camille a fini par s'attacher - comme pour prolonger l'extase. Pour l'aimer aussi.
Après avoir joui, Camille l'a pris dans ses bras et lui a dit "merci", les yeux ravagés d'une pieuse humilité, dans
l'attente absolue d'une vie à deux faite de coucheries intimes et douces, une vie de mots idiots et inutiles, une vie détestée et médiocre - de l'amour et l'air con, mais de l'amour quand même.
Mais Thomas a rejoint Anne et l'a emmenée dans sa vie pendant que Camille dégueulait en hurlant dans des toilettes
publiques. Au milieu des morceaux qui jaillissaient de sa bouche et de son nez, Camille imaginait cette salope derrière son comptoir de la poste, l'air paisible et
le ventre apaisé par des orgasmes à profusion - alors elle remplissait encore un peu plus d'odeurs infectes la cuvette, les cheveux trempés de vomi
acide.
Ce fut son premier et son dernier orgasme.
Son premier et son dernier amour.
La plus belle douleur de sa vie.

Mardi 22 septembre 2009
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Jean a été saisi par Camille sans se poser de question.
Il a voulu ses sourires distants puis sa tendre mélancolie, il a aimé son arrogance et son intelligence - il a savouré son corps facile et son dégoût des conventions. Il est tombé amoureux de son personnage et est entré dans un vaste théâtre muet où il n'avait pas sa place sur scène.
Camille est un
projecteur agressif qui ne tolère pas le moindre intrus dans sa lumière.
Jean travaille dur dans une entreprise de financements et ne regarde ni les heures ni la fatigue, il part tôt les épaules basses et l'estime blessée par l'emprise de Camille sur le
foyer. Elle est sa compagne par le nom, a-t-elle jamais été sa femme?
Alors il la possède sourdement à coups de rein rageurs et frustrés, il lui impose sa présence dans sa plus humiliante intimité et s'acharne à trouver un éclat
de plaisir dans son lit - un soupçon d'amour. Et il contemple sous la lumière crûe, le visage crispé d'une belle garce qui ne donne rien, qui ne prend
rien. Dont il dispose lâchement, le sperme nourri d'amertume, dans l'attente impossible d'un partage serein - d'un orgasme
idéal.
Et puisqu'elle n'est pas à lui, Camille erre dans son mariage comme une mauvaise farce. Trompée et bafouée. Le temps d'un sarcasme qui se prolonge dépit après souffrance, bien longtemps après l'éjaculation...

Mercredi 16 septembre 2009
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Et ce n'est pas de sa faute, après tout.
Entre les enfants, les réunions pédagogiques, la maison à tenir, les rendez-vous administratifs, Camille puise comme elle le peut dans la maigre soupape de sécurité
qui lui est impartie - et elle oublie.
Hier soir, les poubelles n'ont pas été sorties et elle s'en est voulue.
La semaine dernière, la veilleuse du salon est restée allumée toute la nuit.
Aujourd'hui, Camille ne sait plus qu'elle fête ses trois ans de mariage. Alors quand son mari rentre du travail l'air satisfait,
un bouquet à la main, elle pense juste à une maîtresse à se faire pardonner - mais c'est pire que cela. Et quand elle l'entend lui susurrer vicieusement à
l'oreille "bon anniversaire ma chérie", elle est prise d'une panique sourde qui lui coupe les jambes. Parce sans cotillons ni repas apprêté,
sans montre somptueuse ou promesse de voyage, elle n'aura plus aucune excuse pour fêter autrement cette parade nuptiale que les fesses écartées et le regard nauséeux. Et elle
s'imagine déjà la bouche grande ouverte, la tête plongée entre ses cuisses. Parce que cet ersatz d'anniversaire de mariage tombe la seule
semaine du mois où elle ne pourra pas se contenter de 4mn10 de vulgaire mascarade bruyante et pathétique. Parce qu'il va falloir se prêter à toutes les
excentricités docilement, l'air heureux, remplie de toutes parts sans saveur ni envie. Fêter toutes ces années d'amour comme il se
doit.
Et de se rappeler bizarrement, trois ans en arrière, ce brusque besoin de vomir juste avant la cérémonie, agenouillée dans la crasse des toilettes publiques un
bouquet parfumé à la main.
Ca peut coûter cher - d'être tête en l'air. Camille s'en souviendra.

Ps: et moi aussi, je fête mes trois ans de mariage, mais croyez-moi, ça n'a rien à voir
- même s'il me plaît bien que vous le pensiez naïvement! On puise l'inspiration là où elle se trouve
;-)
Jeudi 10 septembre 2009
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Mardi 1 septembre 2009
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J'ai emmené Camille avec moi à la plage, toute fardée d'écran total indice 50, le
regard dédaigneux caché derrière ses lunettes de soleil. J'ai emmené Camille avec moi et nous n'avons pas échangé un mot. Ni une politesse
complaisante.
Camille fait partie de ces femmes qui ne savent sourire qu'aux mères de famille replètes dont le maillot est tranché en deux par un
gras vaniteux qui déborde sur leur fierté, les seins plus bas que leur estime. Camille sourit à ces mères-là, qu'elle croise à la sortie de l'école, parce qu'il le
faut, parce qu'elle s'est habituée à cette haine qu'elle éprouve et a fini par la promener partout avec elle -
drapée sous des attentions médiocres mais conventionnelles.
Et à la plage, à l'heure du goûter, armée de ses fesses galbées et de ses cuisses fuselées, Camille parvient à
marcher jusqu'à l'eau sans montrer une seconde son arrogance d'être tellement supérieure à toutes ces femmes-là.
Et Camille
avance dans la vie comme elle évolue sur le sable, pétrie de faux-semblants et d'hypocrisie gracieuse.
Je ne sais pas, finalement, si Camille est une chic fille.

(Et on parle de moi, là)
Dimanche 23 août 2009
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20:48
Camille est un ange à la juste mesure, toujours à bonne température et prête au service.
Son mari l'a bien compris.
Quand il rentre du travail, la maison est propre, ordonnée et le courrier trié. La vaisselle trône étincelante dans les étagères et même les
plinthes sont désinfectées. Les chemises sont repassées à peine sortie du lave-linge, les chaussettes sont rangées par couleur puis par matière, le gel lubrifiant est posé tous les soirs sur la table de chevet.
Son mari n'a besoin de penser à rien, Camille anticipe tout les
besoins du foyer, elle s'occupe même de l'inutile et surtout du moins enrichissant.
Il a une entière confiance en elle, rien ne peut arriver à cette brave femme et surtout pas d'être courtisée ou sautée
sauvagement dans un hôtel de 5 à 7. Elle est toute dévouée à l'organisation de la famille - il faut bien qu'elle justifie d'être au foyer par une
productivité totale - et même dépenser l'argent du compte joint pour se payer des cigarettes, elle sait que ce n'est pas chose permise - il faudrait qu'elle se les paie pour
les mériter. De toutes les façons, son mari ne veut pas qu'elle fume - évidemment.
Camille caresse souvent la cravache qu'elle a rangée dans la commode sous ses chemises de nuit en coton, elle n'ose pas l'utiliser ni la dévoiler
mais elle la suce goulûment jusqu'à tant qu'elle peut se l'enfoncer dans la gorge. Un jour, elle la poussera avec plaisir dans son sexe et peut-être
qu'avec bonheur, elle jouira. Sans que personne ne le lui commande, comme son mari qui l'oblige à mentir sur un plaisir qu'elle ne connaît
toujours pas.
Mais ce sera pour une autre fois car il est 16 heures et Camille doit se préparer pour récupérer les enfants à l'école - alors elle range la cravache dans sa boîte après s'être brossé les dents pour enlever le goût odieux du cuir.

Lundi 17 août 2009
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15:33
Camille a parfois du mal à écarter ses jambes, elle ressemble à un ressort mal huilé qui menace de rompre à chaque
extension. Elle s'est habituée à l'absence de plaisir - et son mari va prendre le sien ailleurs. Ils lisent ensemble dans les draps propres et bien repassés, elle se satisfait de ce petit bonheur quand elle se glisse dedans - et elle frémit d'un léger sourire que personne ne comprend.
Camille se brosse les cheveux avant de se coucher, elle veut être parfaite dans son sommeil, elle s'imagine que son mari
la regarde s'endormir et lui caresse le bras, elle voudrait qu'il remonte doucement sa nuisette le long de ses hanches et qu'il glisse son menton et sa langue entre
ses cuisses jusqu'à la faire jouir brutalement.
Mais son mari dort sans une pensée pour elle et
n'imagine même pas la chevaucher comme une salope. C'en est pourtant une belle, mais d'une toute autre façon.
Camille n'accepte rien, pas de visites des amis, pas de virées nocturnes, aucun lâcher prise, pas de soirée d'ivresse et encore moins de rots bruyants devant un
plateau télé arrosé à la bière. Elle ferme la porte pour faire ses besoins et allume la chaîne pour couvrir les bruits, elle désinfecte le battant après chaque passage de son mari et ne supporte pas la sonnerie du téléphone après 21h - de peur de réveiller les
enfants.
Camille ne vit pas, les autres non plus n'ont pas ce droit. Sa maison est un
antre mort, sous contrôle, des murs de folie sans cri.
Et quand je la vois s'agiter derrière ses rideaux, les seins sortis de son chemisier à force de frotter sa baie vitrée, je rêve de la faire gueuler de plaisir, une main enfouie dans son sexe timide,
- affamé.
Ps: n'est-il pas fabuleux, ce t.shirt à tirage limité pour mes copines d'amour? hein?

Mardi 11 août 2009
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11:55
Camille est une jeune femme sage qui sourit à l'ennemi, polie, plie consciencieusement son linge et rebouche
avec respect son tube de dentifrice.
Femme lisse, exquise, qui s'immisce dans le bonheur l'air de rien - elle est moulée pour ça.
Je lui formaterais bien ses petits seins fermes dans un étau. Et lui bousiller sa belle Chevrolet
après m'être faite sauter par son mari sur le capot bien propre - astiqué de sa petite main maigrelette.
Camille a une vie saine parsemée de légumes et de fruits bien frais, elle chausse du 38 et porte une couleur blond cendré - épilation de près,
powerplate pour le principe et l'amour d'une littérature bien ordonnée.
Comme je la haïs, cette Camille, de se satisfaire de cette vie-là.
Que j'ai. Que je cultive,
malgré moi.
Et mettre un peu d'arsenic dans ses gouttes pour les
yeux,
comme un refrain joyeux à son sourire figé
- pillé.
