Dimanche 22 novembre 2009
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Les rues sont pleines de compassions fièvreuses à
l'approche de Noël. Ca me donnerait presque du bonheur plein la gueule, toute cette solidarité humaine. Pourtant mon loyer est toujours aussi cher -
et la robe Comptoir des cotonniers de mes rêves, je peux toujours me la caler dans le derrière. Détails bien sûr, détails. J'ai quand même arrêté de fumer juste pour pouvoir grapiller
quelques euros de plus, chaque semaine, tout ça pour finir l'année à
fouiller misérablement les destockages des grandes boutiques - à la recherche d'un bustier vintage bon marché dans lequel secouer mes petits
seins. Franchement, faut-il vraiment en arriver là?
A côté de
ça, les gargouilles du patelin viennent me culpabiliser en me demandant de donner quelques vêtements pour les revendre une misère afin de donner un peu d'argent aux plus
nécessiteux. Ils n'ont qu'à pas être pauvres les autres, ils se démerdent.
C'est comme les bourses aux jouets, en ce moment c'est festival. Forcément. Vous croyez franchement que j'ai envie de brader 5 euros une superbe
voiture télécommandée qui m'a coûté un bras, juste pour aider mon prochain? Merde, même par solidarité - merde,
j'ai dû me priver pour faire plaisir à mon gosse alors les autres n'ont qu'à en faire autant. Même ceux qui sont déjà privés de tout,
parfaitement.
Moi aussi j'en suis venue à acheter les marques premier prix des grandes surfaces, pour vous dire à quel point c'est la dèche. Et cela fait deux ans que je reporte ce fabuleux voyage
en Papouasie que mon mari m'a promis. Vous voyez, on en est tous au même point. Moi
aussi parfois je me demande si je ne devrais pas faire comme tout le monde et dormir dans des centres d'accueil pour économiser le loyer mais j'ai trop d'orgueil
et de dignité - et je tiens à porter une culotte propre tous les jours.
Alors bon, tout ça pour dire que dehors il fait un vent glacial à foutre en hypothermie tous les sdf du pays et pour bien me rendre compte de leur souffrance, j'ai décidé de baisser le chauffage la nuit, par solidarité de ce qu'ils endurent. Notez que je leur
aurais bien donné quelque argent, mais je dois déjà mettre de côté pour le calendrier des pompiers, des postiers et des éboueurs et comme je tiens à ce que
les services de la bourgade s'occupent bien de moi, j'ai défini mes priorités. Je pense que tout le monde peut comprendre cela.
Non vraiment, il faudrait qu'ils arrêtent de nous foutre leur souffrance sous les yeux parce qu'on en viendrait presque à s'en vouloir d'avoir une déco
intérieure raffinée que l'on retrouve tous les soirs avec bonheur - d'autant qu'ils ont un sacré avantage philosophique sur
nous ces gens, c'est qu'ils ne sont pas tentés par la superficialité de la
vie, c'est une chance, ils ont le sens des valeurs, ils peuvent apprécier chaque bien - dommage qu'ils n'aient rien finalement, c'est
con.
Enfin, trève de bavardages, pour dire que je ne
me laisserai pas influencer et je ferai tout de même mon possible pour me faire offrir cette putain de robe grise en cachemire à 125 euros. Histoire d'éterniser la misère ambiante dans la joie de mon sourire satisfait.
Par Dgina
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Publié dans : Coups de gueule
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