Mercredi 19 novembre 2008
De ce pays-là, j'ai gardé la chanson bienveillante d'un
accent guilleret. Le goût des choses fortes. Une posture bien droite dans la vie, digne et un peu hautaine. Le besoin de personne. L'envie de l'essentiel.
De mes souvenirs, j'ai retenu le meilleur - malgré le pire, souvent croisé et entendu, SUBI. J'ai disséqué les rues et les façades pour me les approprier, les odeurs et la lumière. Cette
lumière basse l'hiver, grisée par un ciel marin souvent orageux. Cette profusion de bleu l'été, sa chaleur douce. Le calme des saisons mortes puis le brouahaha des touristes - et au
milieu, le quotidien des gens d'ici qui reste étranger à l'agitation. La vie continue toujours, malgré "les autres".
J'entends encore les chants, les disputes autour d'une table, je ressens l'ambiance parfois glauque des réunions clandestines sous une lumière blafarde, l'âpreté de l'alcool et la sciure sur le
sol, je me devine une âme patriote en repensant à mes illusions - et j'essaie d'oublier les échecs, les refus, les rejets.
Je me demande quel est le lien, entre nous.
Est-ce la langue, est-ce l'histoire, est-ce le caractère ou simplement la famille?
On se sent unis même sans se parler, on a ce point commun - d'être basque, et d'en être fiers. Mais quoi au juste?
Faut-il le mériter, faut-il s'en
montrer digne, faut-il le préserver et comment l'acquérir?
On naît dans ces terres et on les parcourt, on y grandit et on se les approprie sans même s'en apercevoir. Faut-il rendre des comptes pour cela?
Pour qui y vit, l'identité est évidente. Pour qui y est né, elle est acquise. Et on se retrouve basque, sans discours ni fanfaronnade, parce que le hasard nous a placé là.
Mais le
hasard, c'est aussi la volonté des générations ascendantes, c'est aussi une transmission de culture, tout un monde d'amour - et on se rappelle les gestes, les récits, les recettes, les
balades.
Et au milieu coule la politique.
Mon identité basque m'est intime, moment hors du temps qui s'exprime chaque jour dans le regard que je pose sur le monde, frêle esquisse
d'un paradoxe qui ne s'explique pas et qui déchire, petit dialecte familial qui nourrit mon patrimoine et empreinte au fer rouge de toute ma vie construite là-bas.
Je ne veux plus interpréter cette identité de peur de la salir, de la voir s'échapper - alors je reste basque avant tout pour moi,
pour ce plaisir simple de regarder au sud et de sentir ce léger pincement qui me rappelle que j'y suis chez moi. Pour tous les jours à venir.
Par Dginaaa
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Publié dans : Et moi et moi et moi
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